« En présence de cette double folie des travailleurs, de se tuer de surtravail et de végéter dans l’abstinence, le grand problème de la production capitaliste n’est plus de trouver des producteurs et de décupler leurs forces, mais de découvrir des consommateurs, d’exciter leurs appétits et de leur créer des besoins factices. »
Paul Lafargue, Le Droit à la paresse (1883).
[1] Le mardi 14 février, alors que les médias étaient les plus démonstratifs à ce sujet, que ce multipliaient débats télévisés, couvertures de presse écrite et éditoriaux dans tous les médias, on comptait à mi-journée quasiment 4500 dépêches et articles référencés. A titre de comparaison, si l’on tape « Clemenceau », on obtient, au 1er mars, 938 résultats ; pour « CPE », 2250 ; pour « Chikungunya », 1779 ; pour « guerre Irak », 1345 ; etc. On constate donc que le traitement de ce sujet polémique à argument culturo-civilisationnel a largement outrepassé plusieurs des sujets sociaux, sanitaires, politiques et diplomatiques du début de l’année 2006.
[2] Sur les débuts de l’affaire, lire « Caricatures de Mahomet : provocation ou liberté d'expression ? », Courrier International.com, 2 février 2006.
[3] « Il s’agit, en fait, d’une différence de culture. Les uns sacralisent la loi, les autres la foi ». « Jouer avec le fanatisme », Nouvel Observateur, n°2153, 9-15 février 2006.
[1] Citons, à titre d’exemple, quelques emballements médiatiques de ces dernières années : bagagiste de Roissy, « affaire » Baudis, débats sur le voile et la laïcité, « affaire » du RER D, propagande pro-oui des médias dominants lors de la campagne référendaire.
[2] France Soir, 1er février 2006 (titre de la Une : « Oui, on a le droit de caricaturer Dieu »), Charlie Hebdo,8 février 2006.
[3] « La barre des 500 000 exemplaires pourrait être franchie, ont fait savoir ses journalistes », précisait une dépêche de l’agence Reuters, le 8 février.
[4] Le quotidien gratuit parisien 20 Minutes du 27 février rappelait que France Soir était placé en redressement judiciaire depuis le 31 octobre (« Six offres de reprises (sic) pour France Soir »).
[5]« Prophétie autoréalisatrice », Courrier International, n°797, 9 février 2006.
[6] L’auteur n’assure pas avec certitude que le mot ait été employé. Notons cependant que « Courage » est récurrent dans les affaires polémiques (« Courage de dire non », « Courage de s’opposer à la barbarie », etc.). Lire à ce propos « Courage », pp. 89-91 in Dictionnaire de la lepénisation des esprits, Pierre Tévanian et Sylvie Tissot, L’Esprit Frappeur, 2002.
[7] C’est le cas, par exemple, du Centre Culturel Français de Naplouse (Cisjordanie), qui a été saccagé en réaction aux « courageuses » prises de positions de nos journalistes et intellectuels… La mission d’observation à Hébron (Cisjordanie), constituée notamment de membres italiens et danois a dû quitter la ville, suite à la destruction de ses locaux. Parmi les populations musulmanes, d’Afghanistan à la Libye et du Nigeria au Pakistan, on dénombre des dizaines de morts dans des manifestations liées à cette affaire.
[8] Lire les articles du dossier « La "France d’en bas" vue "d’en haut" », collectif Les Mots Sont Importants.
[9] Lire l’article en quatre volets « Le mépris des élites pro-oui », Art&Fact Info, mai 2005.
[10] Lire « La " France d’en bas " n’est pas lepéniste (ni sarkozyste) .Réfutation d’un lieu commun », Pierre Tévanian, Les Mots Sont Importants. Lire aussi Le populisme du FN, un dangereux contresens, Annie Collovald, éditions du Croquant, Savoir/Agir, 2004.
[11] Jean-François Kahn, dans son édito « La tentation totalitaire » parle de « pseudo-caricatures, au demeurant très gentillettes », Marianne, 11-17 février 2006.
[12] Pierre Tévanian démontre dans son dernier bouquin, Le voile médiatique (éd. Raisons d’Agir, 2005), combien les médias avaient « voilé » et éludé les vrais problèmes (discriminations, inégalité des chances, etc.) en préférant bavasser sur le voile à l’école. Le tout sur fond d’islamophobie… Ce que l’on retrouve encore une fois dans ce pitoyable emballement médiatique sur les caricatures.
[1] Les curieux pourront lire diverses réactions, compilées sur cette page du site du Nouvel Observateur.
[2] Ceci dit, BHL nous aura resservi le sempiternel thème de la défense des valeurs occidentales « en pleine intifada mondiale », du soutien nécessaire aux musulmans modérés : « Face à ce triangle en marche, face à cette formidable machine de haine et de mort, face à cette 'bombe atomique morale', nous n'avons pas d'autre solution que d'opposer un autre triangle, un triangle de vie et de raison qui, plus que jamais, doit unir les Etats-Unis, l'Europe et Israël dans le rejet de tout choc de civilisations tel que le souhaitent les extrémistes du monde arabo-musulman et eux seulement ». (Tribune intitulée « Moral atomic bomb », publiée dans le Wall Street Journal du jeudi 9 février) Si la Confrérie des intellos de salon réacs a des désaccords, ce ne sont que des désaccords de surface.
[3] Marianne, 11-17 février 2006, p. 37.
[4] « Jouer avec le fanatisme », op. cit.
[1] « C'est la xénophobie ambiante qui a donné naissance à la rhétorique du choc des civilisations », par Heidi Bojsen (professeur à l'université de Roskilde) et Johan J. Malki Jepsen (politologue à Copenhague), Libération, 9 février 2006. Lire l’article ici (reprise de Oulala.net).
[2] Le n°797 du Courrier International, paru le 9 février, propose un dossier sur les caricatures, au sein duquel des articles sont consacrés au contexte danois. Lire aussi « Il y a quelque chose de raciste au royaume du Danemark », Libération, 13 février 2006 : « Au-delà des caricatures de Mahomet, la xénophobie gagne le pays. Sous la pression du Parti du peuple danois, le gouvernement durcit les lois sur l’immigration et installe dans l’opinion des idées d’extrême droite. »
[3] Destructions d’ambassades, drapeaux brûlés, menaces de mort, boycott économique, concours de caricatures sur la Shoah, etc. A la bêtise des uns (sous prétexte de défense des libertés), répond celle des régimes liberticides, jouant de la colère de ses citoyens/sujets. Il est remarquable que les Etats-Unis n’aient pas réagi pareillement aux réactions analogues dans les pays « partenaires », tels que l’Egypte, le Pakistan ou la Turquie. Pour rappel, la Syrie et l’Iran font partie des « Etats voyous » (« rogue states ») et de l’ « Axe du Mal » mentionnés par George W. Bush en 2003.
[4]Lire, sur le même thème, « "Eux" et "Nous" : une fiction au service du meurtre », Mona Chollet, Périphéries.net, 20 septembre 2001.
[5] Dans ce même communiqué, de Villiers déclarait qu’il fallait « stopper l'islamisation de la France ». La veille (2 février), le brillant analyste déclarait que le limogeage de Jacques Lefranc, directeur de la publication de France Soir, outre qu’il « porte atteinte gravement à la liberté d’expression », constituerait « le premier acte de censure islamique dans notre pays ». On dirait du Le Pen…
[6] Ces quelques dernières années, ont été élus ou réélus des conservateurs, nationalistes, libéraux à travers toute l’Europe et les Etats-Unis : citons notamment la Pologne, le Danemark, l’Autriche, l’Allemagne, la France, les Etats-Unis, etc. Avec un soutien pas toujours conscient, intellectuels et mass-media ont contribué à l’accession au pouvoir de ces idéologies de droite, avec leur tapage sur les thèmes de la peur, des violences urbaines, de l’islam, du terrorisme, etc.
[7] Lire « Budget américain : Bush sort l'artillerie », Libération, 6 février 2006.
[1]« Le simplisme comme prophétie », Le Monde, 8 février 2006.
[2] « Du bon usage d’une méchante caricature », Marianne, 11-17 février 2006, p. 37.
[3]« Le simplisme comme prophétie », op. cit.
[4] « Le choc des ignorances », Libération, 13 février 2006.
[5] Remarquons que ceux qui surent faire entendre leur support aux Américains, au nom de la destruction du régime des talibans et la dignité humaine, sont désormais plus discrets quand il s’agit de dénoncer la survivance du talibanisme et du terrorisme en Afghanistan.
[6] Lire, à ce propos, « Refuser les amalgames », de Moncef Marzouki, Libération, 13 février 2006.
[7] Chapitre 3 : « L’ethnocentrisme » in Race et histoire, 1952, éd. Folio coll. Essais.
[1] Sur la télévision, éd. Liber/Raisons d’Agir, 1996.
[2]Lire mon étude en trois parties sur les débats autour du voile et de la laïcité par les éditorialistes et intellectuels médiatiques, « Les fast-thinkers se dévoilent » : « L’éditorialisme à l’épreuve du "foulard islamique" », « Une inculture manifeste » et « Un racisme diffus », sur LMSI.net.
[3] Lire la retranscription intégrale de l’interview au Haaretz. Souvenons-nous, au passage, qu’il fut soutenu et défendu par ses amis, jouit d’un non-lieu médiatique dans les médias où il peut continuer à jouer les maudits et à répandre une prose dictée par la peur et le pessimisme. Souvenons-nous également que le ministre aristocrate démagogue Nicolas Sárközy de Nagy-Bocsa n’avait pas manqué de saluer les déclarations du philosophe. Lire les analyses du collectif Les Mots Sont Importants : « Le cas Finkielkraut ». Lire également sur cette page les deux articles que lui a consacré Henri Maler, pour Acrimed.
[4] « N’ayons pas peur des mots », jeudi 9 février, I-Télévision.
[5]Editorial vidéo de Denis Jeambar, jeudi 2 février 2006.
[6] A ce sujet, lire la dépêche AP du 9 février 2006.
[7]« M6, la petite chaîne qui censure », Libération, 13 février 2006.
[8] « Un sujet de "Capital" sur M6 censuré par la chaîne », Le Monde, 7 février 2006.
[9]« Ces journalistes arabes pris à partie », Libération, 13 février 2006.